Antiquarian books on mathematics and varias. Livres anciens de mathematiques et autres sciences
Descriptions and comments by. Descriptions et un commentaires .

849. Monge, Lavoisier, Condorcet (le M.is de), et num. al. ; HISTOIRE DE LACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES. ANNÉE M. DCCLXXXI (1781). Avec les Mémoires de Mathématique & de Physique, pour la même Année, Tirés des Registres de cette Académie. Paris, Imprimerie Royale M. DCCLXXXIV (1784).

Grand in-4 à très larges marges de (5) f, 114, (2), 773 + (1) p, avec un tableau dépliant, p.268, donnant Tarif du pain, et XIX planches hors-texte, gravées par Briceau (planches anatomiques, X à XVII) et Y. le Gouaz (la plus belle, la VII, p.376, représente loiseau appelé Pierre) ; très beaux bandeaux et culs-de-lampe. Bel exemplaire, excellent de papier, non-rogné ; reliure dattente dépoque de papier marbré "à la coquille", plats de carton rigide. Edition originale. Avec les mémoires de Lavoisier, qui montrent que l'eau n'est pas un corps simple, et en réalise la synthèse. Avec, pour la première fois, un traité de Recherche Opérationnelle (sur la Théorie des Déblais & des Remblais de Monge). Avec les derniers écrits dEuler et le premier dune série de mémoires par Condorcet, sur les applications du calcul des probabilités aux sciences humaines.
Where for the first time a work of Operations Research is fully displayed, by Monge.
With the epoch making memoirs by Lavoisier, on analysis and synthesis of water.
With the last work by Euler.
And with the first of a series of tracts by Condorcet, about probabilities applied to real life.
2 500 Euros
Armé de ses balances, Lavoisier semployait à détruire la théorie du phlogistique. Déjà, ses expériences sur lair avaient bien montré toutes les ressources de sa méthode. Il présente ici1 deux expériences danalyse et de synthèse de leau :
* -Mémoire où l'on prouve par la décomposition de l'Eau, que ce Fluide n'est point une substance simple, p. 269-283, avec une pl. dépl. (VI) daté "Lû le 21 avril 1784".
* -Mémoire dans lequel on a pour objet de prouver que l'Eau n'est point une substance simple, un élément proprement dit, mais qu'elle est susceptible de décomposition & de recomposition, p. 468-494, daté "Lû à la rentrée de la Saint-Martin 1783".
Cest un moment crucial dans le développement de la révolution chimique.
Passant de la vapeur d'eau sur le fer chauffé au rouge, il observe que l'eau se décompose en hydrogène et en oxygène2.
Puis dans un ballon de verre, les deux gaz sont réunis et enflammés. Il constate que de l'eau est reformée.
En combinant en une seule
ces deux expériences, Lavoisier exécutera sa
fameuse démonstration publique lors de trois
journées, les 27, 28 février et 1er mars 1785,
donnant lieu à un grand événement mondain,
"une des plus belles expériences de lhistoire des
sciences" (M. Daumas).
--------------
1 avec J.-B. Meusnier (1754-1793), ancien élève
de Monge à Mézières.
2 Première étape dans ce qui deviendra la
nouvelle nomenclature, c'est ici p. 474, que Lavoisier invente
la terminologie "principe oxygine" pour ce qui était
dénommé auparavant "air vital".
Le mémoire de Monge sur la Théorie des Déblais & des Remblais (p. 666-704) est le premier exemple de traitement dun problème pratique par une méthode de recherche opérationnelle. Monge se propose de minimiser le coût du transport de matériaux dun endroit à un autre.

Il convient de mentionner parmi ceux des rares pionniers qui suivirent Monge, les travaux de Ch. Dupin, P. Appell et A. de Saint-Germain3.
Ensuite, la littérature concernant ce problème est devenue considérable, depuis que L. V. Kantorovich en montra une série dapplications économiques4, et que G. B. Dantzig en fit la plus brillante illustration de sa méthode algorithmique de programmation linéaire5 ; Dantzig fut suivi dans cette voie par H.W. Kuhn et A. Tucker. Puis, L.R. Ford et D.R. Fulkerson en traitèrent par la théorie des graphes.
Plus récemment, Brenier6 reliait le problème des transports à la métrique des espaces de probabilité et à la stabilité des systèmes stochastiques, ouvrant le champ dapplication à des domaines très divers, de la mécanique des fluides aux plus époustouflantes spéculations de la cosmologie7.
--------------
3 A. de Saint-Germain, Etude sur le problème des déblais et des remblais. Mémoires de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen (1886).
4 L.V. Kantorovich, O peremeshchenii mass [en russe], Doklady Akademii Nauk SSSR 37:7-8 (1942) 227-230 [Traduction anglaise : On the translocation of masses, Comptes Rendus (Doklady) de l'Académie des Sciences de l'U.R.S.S. 37 (1942) 199-201]. Voir aussi : L.V. Kantorovich, On a problem of Monge. Uspekhi Mat. Nauk., 3 (1948), 225-226.
5 G.B. Dantzig, Application of the simplex method to a transportation problem, in: Activity Analysis of Production and Allocation &emdash; Proceedings Conference on Linear Programming, Chicago, Illinois, 1949; (Tj.C. Koopmans, ed. 1951).
6 Yann Brenier, Décomposition polaire et réarrangement monotone des champs de vecteurs, C. R. Acad. Sci. Paris Sér. I Math. 305 (1987), no. 19, p. 805-808.
7 "A reconstruction of the initial conditions of the Universe by optimal mass transportation" by Uriel Frisch, Sabino Matarrese, Roya Mohayaee, and Andrei Sobolevski. Nature, vol. 417. p. 260-262. May 16, 2002.Monge sappuie sur le raisonnement suivant, en supposant le problème plan, à deux dimensions :
"Lorsque le transport du déblai se fait de manière que la somme des produits des molécules par lespace parcouru est un minimum, les routes de deux points quelconques A & B, ne doive pas se couper entre leurs extrémités, car la somme Aa + Bb, des routes qui se coupent, est toujours plus grande que la somme Aa + Bb, de celles qui ne se coupent pas." P. 667. Puis, plus généralement et de façon plus réaliste, dans le cas de volumes :
"Il suit évidemment (...) & principalement de ce principe, (les routes de deux molécules quelconques ne doivent pas se couper entre leurs extrémités) que pour satisfaire au minimum, toutes les molécules qui se trouvent sur la route dune autre molécule, doivent suivre la même route que cette dernière" P. 700.

De la pléiade décrite par Taton, Charles Dupin (1784-1873) s'est particulièrement illustré. Sorti de Polytechnique en 1803 dans le corps des ingénieurs navals, il peut être considéré comme le principal disciple de Monge. Dans son Essai historique sur les services et les travaux scientifiques de Gaspard Monge, Paris, Bachelier 1819, p.267-8, Dupin donne la clef de cette ouverture aux applications de la physique, principalement la mécanique :
859. DUPIN
(Ch.) ;
DÉVELOPPEMENTS DE GÉOMÉTRIE, avec des
Applications à la stabilité des Vaisseaux, aux
Déblais et Remblais, au Défilement, à
l'Optique, etc. pour faire suite à la
Géométrie Descriptive et à la
Géométrie Analytique de M. Monge. THÉORIE.
Paris, Courcier, 1813.
500 Euros
|
![]() |
Les Développements et les Applications de Géométrie, de M. Ch. Dupin, où lon a vu, pour la première fois, traiter par de pures considérations de Géométrie les questions difficiles de la courbure des surfaces, qui avaient exigé, entre les mains dEuler et de Monge, toutes les ressources de la plus grande Analyse. "
860. DUPIN
(Charles) ; APPLICATIONS
DE GÉOMÉTRIE ET DE MÉCHANIQUE, A LA
MARINE, AUX PONTS ET CHAUSSÉES, etc, pour faire suite
AUX DÉVELOPPEMENTS DE GÉOMÉTRIE. Paris,
Bachelier, 1822.
1 200 Euros
De la stabilité des corps flottants (p. 1-74) est un texte fondamental et qui fait date dans lhistoire des ouvrages théoriques sur les vaisseaux. Dupin met en application les notions danalyse des surfaces (indicatrice, tangentes conjuguées etc.), quil avait élaborés dans ses Développements de Géométrie (1813), et développe ainsi une méthodologie propre à létude de léquilibre des corps flottants.
Du tracé des
routes isolées (p. 75-126) introduit à son
étude Sur le
tracé des routes, dans les déblais et remblais (p. 127-177), qui est la reprise
plus élaborée du travail de Monge sur le même sujet.
--------------
2 Inséré dans les Transactions Philosophiques pour l'année 1817, il est
publié ici "plus correct et et plus complet" comme Dupin
l'indique dans son introduction, en note de p. xix.

Dans son traitement des
Routes de la
lumière (p.
187-245), Dupin applique sa théorie des tangentes
conjuguées à loptique
géométrique, ce qui le conduit à
généraliser à un nombre quelconque
dincidences, le théorème de
Malus4
sur linvariance de la congruence dun faisceau
lumineux après réflexion et
réfraction5.
--------------
3 Ici, Dupin parle de ses propres travaux sur les
déblais et les remblais.
4 Donné au Journal de l'École polytechnique,
14ème cahier, t. VII, avril 1808.
5 Nos petits-neveux connaissent aujourd'hui ce résultat
sous l'intitulé de Théorème de
Malus-Dupin.

--------------
6. c'est-à-dire, Dupin lui-même.

Edition originale. Extrait TIRÉ-À-PART du Tome XXIX des Mémoires présentés par divers Savants à l'Académie des Sciences de l'Institut de France. Ce mémoire avait remporté en 1884, le Prix Bordin de lAcadémie des sciences.
350 Euros
Ancien étudiant de lEcole normale
supérieure, professeur de mécanique rationnelle
à la Faculté des Sciences de Paris (1885) et
membre de lAcadémie des Sciences (1892),
Paul
Appell (1855-1930)
avait épousé la fille de
larchéologue Alex. Bertrand, cousine d'Emile
Picard (1856-1941), nièce de Joseph Bertrand et de
Charles Hermite. Picard était aussi le gendre de Charles
Hermite. Puis (mais ce nest pas la fin de
lendogamie dans lEcole française de
mathématiquesvoir le cas de Schwartz, notre n° 870), une des filles
d'Appell devint Madame Emile Borel !
Le problème des déblais et des remblais est non seulement un grand classique de la Recherche Opérationnelle, mais il est aussi le plus ancien, et cest Monge qui en traita le premier. Puis, son élève et disciple Dupin en fit une très brillante analyse. La question fut ensuite complètement délaissée, jusquà ce quAppell en reprenne lexamen, à loccasion du concours pour le prix Bordin de Géométrie. Le sujet du concours avait été annoncé lors de la séance publique de lacadémie des sciences du lundi 5 mai 1884, et lAcadémie proposait "pour sujet de prix, soit létude générale (du) problème des déblais et remblais, soit la solution dans un cas simple choisi par lauteur", avec cette proposition alléchante :
Les commissaires étaient MM. Hermite, Jordan, Bertrand, O. Bonnet, et Darboux était rapporteur.
Mais en séance du 23 février 1885, on annonça que les mémoires reçus pour concourir ne traitaient pas la question "dune manière assez complète pour quil y ait lieu de décerner dès à présent le prix". Le concours fut prorogé dune année. Enfin, le 21 décembre 1885, le prix fut attribué, mais partagé entre deux auteurs. Appell reçut les deux tiers du prix, tandis que Otto Ohnesorge se vit attribuer le reliquat. Une mention spéciale était faite du mémoire de A. de Saint-Germain.
Appell donnait pour la première fois une solution satisfaisant du cas des volumes. En effet, si Monge avait traité convenablement du problème plan, le cas de volumes restait problématique :
les routes de transport doivent servir chacune à une infinité de parcelles, et elles sont nécessairement normales à une famille de surfaces parallèles.
Mais il faut remarquer que les raisonnements par lesquels Monge est conduit à ce beau théorème nentraînent, en aucune manière, ladhésion ; ce point essentiel, malgré létude nouvelle qui en a été faite par Dupin, attendait encore une démonstration solide et appelait de nouvelles recherches. "
Le mémoire dAppell répond à cette attente en faisant un large usage de la méthode des variations.

